ET CI C ETAIT ¨PIRE AVEC HOLLANDE

Publié le par velocite13

512092946_292a11a2a3.jpgTriomphe et tombeau de  François Hollande" Par Jean d'Ormesson, publié dans  le Figaro le 11/11/2011 à 18:49.
      
      
Jean d'Ormesson  dresse un portrait sans concession de celui qu'il considère comme le  probable futur chef de l'État.
            Il n'est pas sûr, il  est peut-être même improbable, au vu des sondages d'aujourd'hui, que  Nicolas Sarkozy soit réélu dans six mois pour un second et dernier  mandat. Les mesures de rigueur annoncées par François Fillon ne sont pas  accueillies - c'est le moins que l'on puisse dire - par un enthousiasme  excessif.
      

      
Mme Le Pen à  l'extrême droite, M. Bayrou au Centre, Mme Aubry à gauche, M. Mélenchon  à la gauche de la gauche se déchaînent contre elles. Les syndicats les  condamnent. Une bonne partie de la droite modérée elle-même ne peut pas  se résoudre à se prononcer en faveur d'un président qui, à ses yeux, a  avili et compromis ses fonctions par son comportement.
      

      
La victoire de  François Hollande est à peu près acquise, et elle risque d'être  éclatante. Le moment est idéal pour se déclarer sarkozyste.
      

      
La question  n'est pas de savoir qui l'emportera en mai 2012. On a longtemps été  convaincu dur comme fer que ce serait M. Strauss-Kahn. On a pu croire  que ce serait Mme Aubry. On a même pu imaginer que, par un coup du sort,  ce serait Mme Le Pen. Il n'est pas tout à fait exclu que M. Bayrou, M.  Mélenchon, M. Montebourg se soient monté le bourrichon jusqu'à se  persuader de leur chance de l'emporter. Tout sauf Sarkozy. N'importe qui  sauf Sarkozy. Ce sera M. Hollande. François Hollande est un parfait  honnête homme. Il est intelligent, charmant, cultivé, et même spirituel.  Il y a chez cet homme-là un mélange de doux rêveur et de professeur  Nimbus égaré dans la politique qui le rend sympathique. Il est  mondialement connu en Corrèze. Ce n'est pas lui qui irait courir les  établissements de luxe sur les Champs-Élysées, ni les suites des grands  hôtels à New York ou à Lille, ni les yachts des milliardaires.
      

      
Il ferait, je  le dis sans affectation et sans crainte, un excellent président de la  IVe République. Ou plutôt de la IIIe. Par temps calme et sans nuages. Il  n'est jamais trop bas. Mais pas non plus trop haut. C'est une espèce  d'entre-deux : un pis-aller historique. Ce n'est pas Mitterrand : ce  serait plutôt Guy Mollet. Ce n'est pas Jaurès ni Léon Blum : c'est  Albert Lebrun. Ce n'est pas Clemenceau : c'est Deschanel. Il parle un  joli français. Et sa syntaxe est impeccable. On pourrait peut-être  l'élire à l'Académie française. Ce serait très bien. Mais en aucun cas à  la tête de la Ve République, par gros temps et avis de tempête. 
      

      
C'est vrai :  Sarkozy en a trop fait. Hollande, c'est l'inverse. Car n'avoir rien fait  est un immense avantage, mais il ne faut pas en abuser. Il n'est pas  exclu, il est même possible ou plus que possible, que M. Hollande soit  élu en mai prochain président de la République. C'est qu'à eux deux, M.  Hollande et le PS, qui sont assez loin d'être d'accord entre eux - je ne  parle même pas de M. Mélenchon ni de Mme Joly dont ils ont absolument  besoin pour gagner et dont les idées sont radicalement opposées à celles  de M. Hollande - ont des arguments de poids : la retraite à 60 ans  (quand la durée de vie ne cesse de s'allonger), 60.000 nouveaux  fonctionnaires (quand il s'agit surtout de réduire les dépenses  publiques), 30% de baisse sur les traitements du président et des  ministres (même M. Jean-Marie Le Pen, de glorieuse mémoire, n'a jamais  osé aller aussi loin dans le populisme et la démagogie). Avec des atouts  comme ceux-là, on a de bonnes chances de gagner.
      

      
Aussi n'est-ce  pas dans la perspective de l'élection de 2012 que je me situe.
             C'est avec le souci du jugement de l'histoire. M. Sarkozy,  autant le reconnaître, a fait pas mal d'erreurs. À voir comment se  présente la campagne d'un Parti socialiste qui semble n'avoir pas appris  grand-chose des leçons de son temps, ce sera bien pire avec lui qu'avec  M. Sarkozy. Les déclarations d'intention ne valent rien. Il faut des  exemples vivants. M. Zapatero, en Espagne, est un homme plus  qu'estimable. Il est socialiste. Le chômage en Espagne est plus du  double du nôtre. M. Papandréou en Grèce est socialiste. Est-ce le sort  de la Grèce que nous souhaitons pour la France? M. Sarkozy a été plus  attaqué, plus vilipendé, plus traîné dans la boue qu'aucun dirigeant  depuis de longues années. Il a pourtant maintenu le pays hors de l'eau  au cours d'une des pires crises que nous ayons jamais connues. Il n'est  même pas impossible que Mme Merkel et lui aient sauvé l'Europe et  l'euro.
      

      
Pour affronter  le jugement de l'histoire, je choisis le camp, à peu près cohérent,  Sarkozy-Fillon-Juppé contre le camp, incohérent jusqu'à l'absurde,  Hollande (Hollande président ? On croit rêver, disait Fabius)  -Aubry-Joly-Mélenchon. Bonaparte Premier consul prétendait que le seul  crime en politique consistait à avoir des ambitions plus hautes que ses  capacités. Je suis sûr que François Hollande lui-même a des cauchemars  la nuit à l'idée d'être appelé demain à diriger le pays avec le concours  des amis de toutes sortes et étrangement bariolés que lui a réservés le  destin.
      

      
Je veux bien  croire -je n'en suis pas si sûr- que pour 2012 les dés sont déjà jetés,  que les handicaps du président sortant sont bien lourds pour être  surmontés, que le retard est trop rude pour être rattrapé. J'imagine  très bien l'explosion d'enthousiasme sur la place de la Bastille ce soir  de mai 2012 où l'élection de M. François Hollande à la magistrature  suprême sera enfin annoncée. Je me demande seulement dans quel état sera  la France en 2014 ou en 2015.

Publicité

Publié dans politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article